Rien ne permet de l’affirmer… alors insinuons-le

Le 6 février 2015, le Conseil de presse du Québec a reconnu le bien-fondé d’une plainte à l’endroit d’un reportage de Radio-Canada diffusé le 31 mars 2014, en pleine campagne électorale au Québec.[1] Ce reportage, selon le Conseil, était en partie tendancieux et avançait imprudemment des informations qui n’étaient pas adéquatement étayées. Il laissait entendre, sur la base du témoignage de sources non-identifiées, que Claude Blanchet, conjoint de Pauline Marois, laquelle allait devenir chef du Parti québécois et plus tard Première Ministre, avait en 2007 et 2008 sollicité des contributions financières pour les campagnes de son épouse, auprès d’entreprises dont il savait qu’elles allaient recourir à des prête-noms pour amasser les fonds nécessaires. Radio-Canada en a appelé de la décision et le 16 février 2016, le Conseil a annoncé qu’il renvoyait le dossier en première instance. La décision à venir est d’un grand intérêt public. Advenant qu’elle aille à l’opposé de la décision initiale, elle pourrait donner ses lettres de noblesse au journalisme d’allégation, un genre qui monte en puissance. Lire la suite

Cancer et poudre aux yeux: les sources anonymes

Le dimanche 13 décembre 2015, le New York Times revenait sur l’attentat ayant fait 14 morts en Californie onze jours auparavant. La manchette, à la une, était : « Visa Screening Missed an Attacker’s Zealotry on Social Media ». Le premier paragraphe se lisait comme suit : « Tashfeen Malik, who with her husband carried out the massacre in San Bernardino, Calif., passed three background checks by American immigration officials as she moved to the United States from Pakistan. None uncovered what Ms. Malik had made little effort to hidethat she talked openly on social media about her views on violent jihad. » Sur ce constat spectaculaire et dérangeant venait s’appuyer un long exposé qui faisait comprendre qu’en dépit des milliards de dollars investis et de la suppression des obstacles aux intrusions dans la vie privée, les autorités chargées de protéger le public étaient incompétentes au point de ne même pas examiner le matériel public circulant ouvertement sur les réseaux sociaux. L’article, bien entendu, a eu beaucoup d’impact. D’autant plus que, comme chacun sait, si le New York Times le dit, c’est que c’est vrai.

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Truth: Cover-Up of a Cover-Up

Fourty years after playing Bob Woodward in All the President’s Men, Robert Redford has returned as CBS News’ anchor Dan Rather in Truth, Hollywood’s attempt at telling the story of the Memogate. In September 2004, 60 Minutes Wednesday aired an exclusive─and problematic─report raising doubts about U.S. President George W. Bush’s moral fibre. Criticisms, questions and accusations about the segment immediately rained down. For 10 days, CBS News defended its scoop tooth and nails with inaccuracies, half-truths and questionable sources. Ultimately, the report was retracted, and Rather and CBS News apologized. An independent investigation was conducted. Producer Mary Mapes (Cate Blanchett in the movie) was fired. Three CBS News executives were asked to resign. Rather retired.

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Truth: le bal des boucs émissaires

Quarante ans après avoir joué Bob Woodward dans All the President’s Men, Robert Redford réapparaît sous les traits de Dan Rather, chef d’antenne de CBS News, dans Truth, un film qui relate l’histoire du Memogate, survenu en 2004. 60 Minutes Wednesday diffuse alors un reportage questionnant la fibre morale de George W. Bush, alors Président des États-Unis. Lorsque le contenu du reportage, qui va s’avérer bâclé, est mis en doute, CBS News le défend bec et ongles pendant dix jours, à l’aide de demi-vérités, de sources de complaisance et de ce que nous appellerons charitablement des « inexactitudes ». Au final, Rather et CBS News devront se rétracter et s’excuser. Il y aura enquête. La journaliste Mary Mapes (Cate Blanchett dans le film) sera congédiée, trois cadres de CBS News devront démissionner, Rather prendra sa retraite.

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Bugingo : la pointe de l’iceberg

Le 23 mai 2015, le quotidien La Presse, de Montréal, révélait à la une que le journaliste François Bugingo, spécialisé en affaires internationales, inventait des faits. Bugingo avait prétendu entre autres avoir réussi à parler au fils emprisonné de Kadhafi et assisté à l’exécution d’un tortionnaire en Lybie, négocié la libération d’un otage détenu par Al-Qaïda en Mauritanie, et fait partie d’un convoi attaqué une quinzaine de fois en Somalie1. Pigiste, Bugingo a été prestement largué par les médias où il officiait, comme si ceux-ci venaient de trouver une mouche dans leur potage.

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