Dumping Snowden

Were you taken aback by the Washington Post‘s recent editorial stance opposing a presidential pardon for Edward Snowden?[1] I don’t know if this is a first, but as journalist Glenn Greenwald[2] correctly pointed out, no precedent comes to mind: here’s a top-tier, credible news outlet, which, after probing the information, deeming it in the public interest, publishing it, then winning an award for it, dumps the source, denying him the sacrosanct protection that in the past benefited many so-called whistle-blowers who may have had much more dubious motives. Lire la suite

Faut-il sauver le soldat Snowden?

Nombreux sont ceux qui ont été surpris par la position prise en éditorial par le Washington Post, qui a exprimé ouvertement son opposition à un hypothétique pardon présidentiel pour Edward Snowden.[1] Je ne sais pas si c’est une première, mais comme l’a signalé le journaliste Glenn Greenwald,[2] aucun précédent ne vient à l’esprit : un quotidien majeur, très crédible, qui a jugé d’utilité publique les déclarations de sa source, qui les a soupesées et publiées, et qui s’est auréolé de gloire grâce à elles, lui refuse la sacro-sainte protection et l’indulgence que les médias ont offert dans le passé à bien des sources dont on pourrait discuter les motifs ou les actions. Certains ont relevé l’ironie : le Washington Post doit une partie de son capital de crédibilité à une source, Mark Felt, qui lui transmettait des informations confidentielles alors qu’il était no. 2 du FBI. Je parle ici, bien sûr, de Deep Throat et du scandale du Watergate. Aurait-il fallu que Snowden demande l’anonymat ? Lire la suite

Le journalisme responsable, et l’autre

Le 29 juillet 2004, la Cour suprême du Canada donnait raison à Gilles Néron, un professionnel des relations publiques, concluant qu’un reportage de Radio-Canada diffusé en 1995 avait écorché sa réputation sans raison valable. La Cour confirmait ainsi un jugement de la Cour supérieure du Québec rendu en 2000, et un autre de la Cour d’appel qui datait de 2002.

Cette décision de la Cour suprême instituait le concept de « journalisme responsable » en établissant que les journalistes ont des prérogatives et un statut particuliers, que ce sont des professionnels, que donc il y a dans leur domaine des règles de l’art, et lorsque celles-ci sont respectées, il n’y a pas nécessairement faute lorsqu’ils font des erreurs ou que quelqu’un n’est pas d’accord avec eux. Ils sont autorisés à se tromper et à déplaire, et il est dans l’intérêt public qu’ils jouissent d’une marge de manoeuvre raisonnable.

Le raisonnement, cependant, fonctionne dans les deux sens. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Lorsque les règles de l’art ne sont pas respectées, et ce fut la conclusion dans l’affaire Néron, il peut y avoir faute, et le cas échéant les journalistes doivent faire face à la musique. La liberté de la presse ne peut alors leur servir d’abri. Lire la suite

Rien ne permet de l’affirmer… alors insinuons-le

Le 6 février 2015, le Conseil de presse du Québec a reconnu le bien-fondé d’une plainte à l’endroit d’un reportage de Radio-Canada diffusé le 31 mars 2014, en pleine campagne électorale au Québec.[1] Ce reportage, selon le Conseil, était en partie tendancieux et avançait imprudemment des informations qui n’étaient pas adéquatement étayées. Il laissait entendre, sur la base du témoignage de sources non-identifiées, que Claude Blanchet, conjoint de Pauline Marois, laquelle allait devenir chef du Parti québécois et plus tard Première Ministre, avait en 2007 et 2008 sollicité des contributions financières pour les campagnes de son épouse, auprès d’entreprises dont il savait qu’elles allaient recourir à des prête-noms pour amasser les fonds nécessaires. Radio-Canada en a appelé de la décision et le 16 février 2016, le Conseil a annoncé qu’il renvoyait le dossier en première instance. La décision à venir est d’un grand intérêt public. Advenant qu’elle aille à l’opposé de la décision initiale, elle pourrait donner ses lettres de noblesse au journalisme d’allégation, un genre qui monte en puissance. Lire la suite

Cancer et poudre aux yeux: les sources anonymes

Le dimanche 13 décembre 2015, le New York Times revenait sur l’attentat ayant fait 14 morts en Californie onze jours auparavant. La manchette, à la une, était : « Visa Screening Missed an Attacker’s Zealotry on Social Media ». Le premier paragraphe se lisait comme suit : « Tashfeen Malik, who with her husband carried out the massacre in San Bernardino, Calif., passed three background checks by American immigration officials as she moved to the United States from Pakistan. None uncovered what Ms. Malik had made little effort to hidethat she talked openly on social media about her views on violent jihad. » Sur ce constat spectaculaire et dérangeant venait s’appuyer un long exposé qui faisait comprendre qu’en dépit des milliards de dollars investis et de la suppression des obstacles aux intrusions dans la vie privée, les autorités chargées de protéger le public étaient incompétentes au point de ne même pas examiner le matériel public circulant ouvertement sur les réseaux sociaux. L’article, bien entendu, a eu beaucoup d’impact. D’autant plus que, comme chacun sait, si le New York Times le dit, c’est que c’est vrai.

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Truth: Cover-Up of a Cover-Up

Fourty years after playing Bob Woodward in All the President’s Men, Robert Redford has returned as CBS News’ anchor Dan Rather in Truth, Hollywood’s attempt at telling the story of the Memogate. In September 2004, 60 Minutes Wednesday aired an exclusive─and problematic─report raising doubts about U.S. President George W. Bush’s moral fibre. Criticisms, questions and accusations about the segment immediately rained down. For 10 days, CBS News defended its scoop tooth and nails with inaccuracies, half-truths and questionable sources. Ultimately, the report was retracted, and Rather and CBS News apologized. An independent investigation was conducted. Producer Mary Mapes (Cate Blanchett in the movie) was fired. Three CBS News executives were asked to resign. Rather retired.

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Truth: le bal des boucs émissaires

Quarante ans après avoir joué Bob Woodward dans All the President’s Men, Robert Redford réapparaît sous les traits de Dan Rather, chef d’antenne de CBS News, dans Truth, un film qui relate l’histoire du Memogate, survenu en 2004. 60 Minutes Wednesday diffuse alors un reportage questionnant la fibre morale de George W. Bush, alors Président des États-Unis. Lorsque le contenu du reportage, qui va s’avérer bâclé, est mis en doute, CBS News le défend bec et ongles pendant dix jours, à l’aide de demi-vérités, de sources de complaisance et de ce que nous appellerons charitablement des « inexactitudes ». Au final, Rather et CBS News devront se rétracter et s’excuser. Il y aura enquête. La journaliste Mary Mapes (Cate Blanchett dans le film) sera congédiée, trois cadres de CBS News devront démissionner, Rather prendra sa retraite.

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Bugingo : la pointe de l’iceberg

Le 23 mai 2015, le quotidien La Presse, de Montréal, révélait à la une que le journaliste François Bugingo, spécialisé en affaires internationales, inventait des faits. Bugingo avait prétendu entre autres avoir réussi à parler au fils emprisonné de Kadhafi et assisté à l’exécution d’un tortionnaire en Lybie, négocié la libération d’un otage détenu par Al-Qaïda en Mauritanie, et fait partie d’un convoi attaqué une quinzaine de fois en Somalie1. Pigiste, Bugingo a été prestement largué par les médias où il officiait, comme si ceux-ci venaient de trouver une mouche dans leur potage.

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